Au cours des années 60, il était courant de prendre une photo de classe à chaque rentrée scolaire.
J'ai retrouvé les miennes parmi les documents qui me suivent depuis près de soixante ans.
Quatre clichés qui illustrent une époque, témoins d'une transformation morphologique allant du « post bébé » encore enveloppé au pré-adolescent aux traits plus fins.
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Derrière ces visages sur papier glacé, c’est une période d'après-guerre qui s'écoule, ponctuée de souvenirs fragmentés, parfois datés, parfois amusants, parfois joyeux, parfois douloureux.
Quand je regarde ces photos, des flots de souvenirs scolaires se pressent au creux de ma mémoire.
Je revois bien sûr ces bouilles demeurées familières.
Je retrouve aussi les noms de certains de mes camarades. Je peux presque entendre les caractéristiques de leurs voix.
Je me souviens de nos jeux, de nos querelles, de ces chambrages sur un nom, sur un prénom, sur une tenue vestimentaire, de ces rivalités entre petits groupes constitués. Je n’ai aucun souvenir d’agressivité marquée entre nous, malgré une mixité sociale évidente, qui était celle de l’époque. Italiens, Espagnols, Grecs, Arabes et Français se mêlaient sans jugements.
Photos en noir et blanc de ces écoles non mixtes, qui n’avaient sur le moment que l’intérêt de nous faire sortir de la classe pour quelques minutes et de rompre la discipline de fer de certaines institutrices, sous le regard impitoyable du directeur, Monsieur Cazeaux.
C’était un homme à la stature imposante, aux cheveux noirs et courts, au regard sévère, au visage affuté comme une lame de couteau. Il portait chaque jour une blouse grise, aussi grise que l’était son charisme. Il était le maître des CE2, tous les enfants le redoutaient.
Son sifflet perçait nos oreilles dès qu’une limite était franchie, dès que sa patience vacillait, atteinte par nos bruits et chahuts.
L’école était à son image, toute grise. Des bâtiments du début du XXe siècle.
Son pendant féminin, Madame Rouquier, maîtresse des CM2 était, elle, vêtue de rose. Charmante couleur pour une brave femme, bien en chair, blonde et bouclée, munie d’une brillante règle en fer blanc.
Tout dérapage, toute craie coulée dans l’encrier en porcelaine qui alimentait nos plumes, tout bavardage, tout bruit avant d’entrer en classe, avait un tarif unique de punition.
La main tendue vers elle, les cinq doigts joints, nous lui offrions l’occasion de vérifier son habileté et sa précision pour nous gratifier d’un coup sec de règle métallique.
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Ses premières victimes de la rentrée comprirent très vite qu’elle ne prenait aucun plaisir à le faire, mais qu’elle serait pour autant impitoyable. Les mois passant, les candidats furent moins nombreux.
L’école disposait d’une grande cour bordée de quatre immenses platanes et d’une rangée de latrines ruisselant d’une eau douteuse. Un préau nous accueillait les jours de pluie.
Les matins d’hiver, dès notre arrivée, nous retrouvions cette habituelle odeur âcre de charbon provenant des chaudières et cheminées qui avaient chauffé toute la nuit.
A suivre...
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