« L’heure la plus sombre est celle qui vient juste avant le lever du soleil15 ».
L’heure la plus sombre était passée, le soleil allait pouvoir se lever.
Ce fut très dur à digérer. Ma culpabilité fut grande, vis-à-vis de mes coéquipiers et de notre coach. Ce grand malheur fut néanmoins le point de départ de ce que j’attendais depuis des années, une période de petits et grands bonheurs sportifs.
J’étais grand, et désormais j’étais entré dans le monde des coureurs à pied, des sprinters. Presque par effraction, mais il fallait bien trouver une issue.
Durant l’automne et l’hiver 1972, j’intégrais le groupe de sprint du SMUC, accompagné par Daniel.
L’échec du mois de mai était derrière moi. Il me fallait progresser et me mettre au niveau des autres jeunes, plus aguerris que moi. Je n’ai pas de souvenir précis de cette période d’apprentissage.
Cependant, je redoublais ma seconde et il me fallait combler mes lacunes en maths avant qu’une catastrophe n’arrive et me fasse dévier sur une filière littéraire qui, à l’époque, était le signe d’une orientation professionnelle très aléatoire et relativement méprisée.
Ne sachant pas encore ce que je comptais faire à la fin du lycée, je n’avais d’autre choix que de me maintenir à flot le mieux possible. Ce que je réussis à faire, progressant à nouveau dans toutes les matières.
Au printemps 1973, les premières compétitions arrivèrent. Tout d’abord les compétitions scolaires qui menaient aux Championnats d’académie, puis, sur qualification, aux Championnats de France à Charlety au mois de mai.
A l’exception de celle de Jean Bouin, les pistes locales étaient encore en « cendrée », mélange de gravier, de sable et de je ne sais quoi d’autre qui nous obligeait à porter des chaussures à pointes avec d’immenses crampons en fer. Ce sol n’était pas propice aux performances.
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Les Championnats départementaux se déroulèrent, au début par un temps maussade, puis soudain sous un ciel dégagé grâce au Mistral.
J’étais aligné sur 100m avec mon coéquipier du SMUC, Christian. Il faisait partie des meilleurs sprinteurs locaux du moment. Nous avions sensiblement le même âge, Daniel nous entraînait tous les deux. Plus large que long, massif, explosif, il était impressionnant. Il ne faisait aucun doute qu’il remporterait la course.
C’est ce qui arriva… de peu.
A l’arrivée, nous étions crédités du même temps, 10s5.
Un temps plus que remarquable pour des jeunes comme nous, sur une piste non synthétique. Et même si le vent nous avait poussés, encore fallait-il le faire.
Daniel avait un immense sourire aux lèvres, mélange d’incrédulité et de fierté.
Je venais de pulvériser le record du lycée. Ce record a tenu bien des années après mon départ. Peut-être tient-il encore ? Je n’ai jamais réussi à le savoir.
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C’était une véritable métamorphose. La chrysalide était devenue papillon en quelques mois, contre toute attente, avec une évolution si rapide qu’elle marquait la fin d’une période d’incertitude quant à mes capacités. Je découvrais mon potentiel.
Ce qui m’avait toujours porté, tout au fond de moi, était en train d’être révélé.
J’étais une pépite dont on retirait progressivement la gangue.
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15.Paolo Coelho, L’Alchimiste, 1988
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