Le soir, après le repas, nous passions notre temps à discuter, à jouer aux cartes, à draguer les filles du groupe et d’autres lycées.
Enfin, les autres draguaient. Moi, je me tenais à distance en observant les Don Juan, incapable de prendre part à ces manœuvres, tant je n’étais pas sûr de moi, engoncé dans mon effrayante timidité.
Je me souviens très bien d’un athlète, devenu plus tard mon coéquipier au SMUC, qui s’était assis au piano. Il se mit à jouer, clairement, calmement, et la magie opéra. Les filles se rapprochèrent et l’entourèrent, admiratives.
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Je ne sais pas s’il avait de la chance ou du talent, mais à ce moment-là je l’enviais beaucoup. Je maudissais mes parents qui ne m’avaient pas poussé à jouer d’un instrument, ce qui m’aurait donné cette assurance si particulière et si… efficace.
Nous sommes rentrés à Marseille le mardi matin. Par le même train Corail qui nous avait amenés. Le retour fut long et lourd.
Ceux qui avaient performé avaient un sourire lumineux. Les autres dormaient, recroquevillés sur la banquette, regardaient le paysage défiler ou encore observaient leurs pieds, en silence. C’était mon cas.
Peu de rires dans mon compartiment. Daniel nous parlait, nous souriait, mais nous n’avions pas trop le cœur à plaisanter ou partager une conversation.
Le jour J, au temps T, au moment M, là où tout se joue, j’avais pris ma place de troisième relayeur. Le deuxième était arrivé très vite pour me donner le bâton. J’avais anticipé son arrivée et j’étais parti avant qu’il n’atteigne la marque visuelle convenue.
Malgré sa vitesse, il n’avait pas pu me rattraper, j’avais ralenti pour l’attendre, mais quand j’avais pris le relais, j’étais sorti de ma zone de passage autorisée. Le relais avait été disqualifié.
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Un relais est une chaîne de quatre personnes. Cette chaîne ne vaut que par la solidité de ses maillons. J’étais le plus faible et le plus maladroit.
Il en fallait un, ce fut moi. Cet épisode me marqua jusqu’à se rééditer encore lors de Championnats d’Europe Masters.
Daniel avait vécu l’épisode dans les tribunes. Cinquante ans plus tard, il en parlait encore, avec le sourire.
Sans moi, le relais n’aurait pas pu se courir. Avec moi, il avait couru à l’échec. Finalement, c’était son destin.
Et son destin permettait au mien de s’accomplir.
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