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« Une quête commence toujours par la chance du débutant. Et s’achève toujours par l’épreuve du conquérant14 ».

Arriva le printemps 1972.

Les Championnats d’académie s’étaient déroulés et l’équipe de relais 4x100m du lycée s’était qualifiée pour les Championnats de France scolaires qui se déroulaient à Pentecôte, à Paris. Le relais était assuré d’être en finale et pouvait jouer un podium.

Tous les coureurs du lycée, licenciés au SMUC, prenaient déjà place dans les compétitions locales.

Malheureusement, l’un des relayeurs se blessa une semaine avant la compétition, sans espoir de reprendre sa place à temps.

Daniel n’avait pas beaucoup d’options. Soit il déclarait forfait pour l’équipe et brisait les ambitions du lycée, soit il trouvait un remplaçant. Il opta logiquement pour la seconde solution.

Il proposa à plusieurs élèves de venir au stade et de courir un 110m plat. Cette longueur représentait globalement la distance à courir sur le troisième relais, là où se situait la défection.

Il m’invita à participer. Je n’avais pas vraiment couru en ligne, ni couru de 100m.

Nous étions huit sur la ligne de départ.

Trois « sparring-partners » destinés à nous pousser dans nos derniers retranchements, et cinq lycéens capables, selon lui, de relever le défi.

J’étais là, sans grande conviction tant le peu d’estime de moi qui m’habitait me faisait regarder les autres comme des surhommes.

M’imaginer aux Championnats de France n’avait même pas de sens. J’avais rêvé de courir sur piste un jour, mais jamais d’aller si loin, même en tant qu’invité surprise.

La règle était simple. Le premier qui arrivait avait sa place dans le relais. Daniel prendrait le temps du vainqueur afin de recomposer ou pas le relais.

Cette règle me rappelait étrangement les courses de l’école primaire, mais le but était bien plus important que de prouver sa valeur aux copains.

On partait debout au coup de sifflet, Daniel était à l’arrivée, le chrono à la main. Je me trouvais au couloir 1, à la corde. Tout le monde était à ma droite, j’allais courir en aveugle, ce n’était pas gênant, les autres ne me calculaient pas.

Je me souviens que je me suis accroupi, les yeux rivés au sol. Les oreilles en alerte. C’était mon premier vrai sprint.

Le son strident retentit. Nous sommes tous partis instantanément. Je n’ai plus de souvenir des premières dizaines de mètres. Une sorte de brouillard enveloppe mes souvenirs.

Cette sensation est toujours présente aujourd’hui. Ces quelques secondes d’apnée où le corps retient son souffle pour traverser le temps, contre le temps.

Quand j’ai relevé la tête, nous étions au coude à coude.

 

14.Paolo Coelho, L’Alchimiste, 1988

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