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Cette année scolaire restera une pierre angulaire, aussi pour d’autres raisons.

La première fut une aisance particulière dans toutes les matières de la troisième. Maths, français, langues, j’excellais en tout.

Comme un déclic, comme un aboutissement après beaucoup d’abnégation. J’avais la maturité qui me manquait auparavant. Né en fin d’année, avec un redoublement, il ne pouvait en être autrement à 14 ans.

Mais j’aimais aussi ce que je faisais. J’aimais d’autant plus que, pour la première fois, je n’étais pas à la peine. L’estime de moi, même si je ne savais pas ce que c’était à ce moment-là, était bien présente. Mes notes rassuraient mes parents et ajoutaient à cette douceur de vivre qui m’entourait.

Luxe, je me rendais au collège en cyclomoteur. Mon père avait fait l’effort de financer ce véhicule qui me rendait bien plus autonome, moins pour aller au collège que pour rejoindre le centre-ville, errer dans les magasins et aller au cinéma, l’ensemble consacrant un peu plus cette assurance naissante.

L’épisode du vélo était loin. 

Les années 70 étaient une période bénie pour la musique. Celle de mon époque, celle de mon âge.

Même bercé toute mon enfance par les chanteurs populaires français de l’époque, je ne pouvais me satisfaire de ce conservatisme musical qui sentait encore bon les années 40, et pour moi, un peu trop la naphtaline culturelle.

J’écoutais Ferrat et Ferré, dont je captais le sens profond des mots et la poésie dégagée. Ces chanteurs m’ouvrirent peu d’années plus tard les portes vers Aragon et Éluard et la poésie dans son ensemble.

Je vomissais Piaf, Tino Rossi, Mireille Mathieu et autres chanteurs dont la musique et les chansons ne parlaient ni à mon esprit, ni à mon cœur. Le matraquage médiatique amplifiait cette nausée. Je trouvais la vague « yéyé » stupide et conformiste, puérile et plagiaire.

C’était une cause de raillerie dans les réunions de famille où tous les coups étaient permis contre tous les beatniks et hippies, quand le terme « zazou » était encore de mise pour désigner ces jeunes, différents d’eux et de leurs mœurs.

Ce terme des années 50 chargé de dédain, de passéisme et d’intolérance m’agaçait au plus haut point, témoin d’une génération piégée dans ses souvenirs que seul le mépris ironique et caricatural pouvait rassurer.

Mon silence sur ces sujets me permettait de me mettre à l’abri de ce que j’aurais perçu comme des attaques personnelles. Je fuyais leurs critiques et sarcasmes. Ils ne voyaient que la forme, je voyais le fond.

La télé déversait son plein d’artistes de variétés, connus et adorés des adultes. Moi, je passais mon temps à rechercher autre chose. Paradoxalement seules les émissions de Danielle Gilbert, entre quelques niaiseries, pouvaient présenter la musique que j’aimais.

Ma mère, au cours de déplacements professionnels à Paris, eut l’excellente idée de me rapporter trois disques des Beatles. Ce fut un déclic irréversible.

Je ne suis pas devenu accro des Beatles, je suis devenu accro au rock.

Avec mon argent de poche, je passais des heures chez les deux disquaires les plus connus de Marseille.

Mon premier 33 tours, Mungo Jerry, passait en boucle à la maison et me donnait l’étrange idée que j’étais spécial au sein même de mes congénères collégiens, quasi incultes en ce domaine.

 

En quelques semaines, j’emportais ma mère dans ce tourbillon. Elle m’inscrivit au Club Dial, qui vendait des disques par correspondance en plus d’avoir une boutique dans le centre-ville.

La musique rock explosait partout, les festivals se multipliaient, démocratisant cette musique alors que les médias n’avaient encore que peu d’impact sur cette évolution.

Une fois encore, le monde changeait. Même les crises de 1973 et 1976 n’eurent pas d’influence sur cette évolution musicale emportant tout sur son passage. Même la variété française se transforma pour survivre. La créativité était à son comble.

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