La rentrée 1970 fut une première marche vers la compétition.
Le professeur de gym qui nous avait été affecté, jeune et tourné vers les sports collectifs, et donc la compétition, avait une attitude diamétralement opposée à la précédente.
Il ne cherchait pas à nous occuper pendant une heure et demie, mais à nous tester et à nous faire progresser physiquement. L’ère de la recherche de la coordination des mouvements était révolue.
Les élèves se connaissaient bien déjà et les mettre dans des situations de défis physiques, que ce soit en handball ou en athlétisme, ajoutait une grande émulation.
L’introduction des sauts et de la course dans mon univers fut un élément déclencheur.
Je me découvrais doué pour le saut, en hauteur comme en longueur, laissant loin derrière les élèves de ma classe. J’accomplissais des prouesses en saut vertical, qui impressionnaient ce jeune prof.
En course à pied, le registre restait axé essentiellement sur du demi-fond, plus facile à gérer dans une cour, et quelques accélérations dans le gymnase.
Au printemps 1971, je participai pour la première fois à une compétition d’athlétisme pour le compte de mon collège.
Compétition scolaire où je fus inscrit sur le saut en longueur et le 800m. Fiasco total.
La longueur nécessite la répétition de sauts et une technique rythmée à l’entraînement que je n’avais pas.
Je n’avais aucune « marque », je sautais comme je courais, au hasard. Ma performance fut de piètre qualité, d’autant que j’étais déjà cadet et que la concurrence était rude. Bon nombre d’entre nous étaient à plus de 6 m, je retombais à 5,70 m seulement.
Quant au 800m, c’est à partir de cette course que j’ai su que je ne courrais plus jamais de longues distances.
Le premier et le dernier de ma vie.
Sans entraînement foncier, ce 800m fut un vrai calvaire, une agonie physique et mentale, que je n’ai pas oubliée et qui forgea ma détermination à sprinter. Là encore, il ne suffit pas de courir, il faut ménager ses efforts, les répartir… Je ne savais rien de tout cela.
Pas brillant, certes, mais j’étais enfin un « grand ».
Ces résultats, malgré tout, me poussèrent à m’inscrire au printemps au Stade Marseillais Université Club pour continuer à courir en compétition.
J’étais toujours très timide. Il me fut impossible d’aller voir un entraîneur pour lui demander à rejoindre son groupe, tellement j’avais honte de faire une telle démarche. Mes parents me laissaient me débrouiller au lieu de me guider.
J’arrivais donc aux compétitions locales, totalement inconnu, à la grande surprise des entraîneurs de mon club. Je sautais essentiellement. Puis repartais en douce.
Malheureusement, avec cette méthode, sauter en longueur comporte des risques. Ma musculature n’était pas rodée. Bien qu’ayant franchi 6,20m, je me blessais.
Première déchirure à l’ischio-jambier.
Ma mère, assez désemparée, m’amena voir un médecin dit « du sport » qui me donna un traitement local et conseilla du repos. A l’époque, le traitement de ce type de blessure était sommaire. Les médecins plutôt incompétents, voire nocifs.
La saison était terminée avant d’avoir commencé.
Mais j’avais enfin atteint la première marche de mon objectif. Il me fallait un coup de pouce, un signe du destin et l’intervention d’un bon magicien à défaut de bonne fée…
A suivre...
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