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L’expérience, frustrante, ne me permit pourtant pas de comprendre que sans entraînement rien ne se passe, rien ne se fait.

Cette frustration renforçait ma timidité et rien ne me faisait oser le contact. J’avais honte de ne pas savoir m’imposer, de ne pas savoir faire, et peur d’être jugé incapable. J’avais honte d’avoir honte.

Qu’importait, pour l’instant la nécessité de surnager en s’adaptant à l’apprentissage de toutes les matières scolaires demeurait la priorité.

Je n’étais pas un élève brillant, pas un cancre non plus, mais il me fallait rester concentré sur ce parcours scolaire qui poussait mes parents à une extrême vigilance.

Leur travail, leur niveau d’étude initial, ne leur permettaient pas toujours de m’accompagner. Les jours, les semaines et les mois passèrent avec ces hauts et ces bas qui me caractérisaient.

Mon niveau s’étoffait cependant, que ce soit en français, en maths ou en langues, jusqu’à l’entrée en troisième qui fut un tournant sur différents plans.

Peut-être est-ce de la nostalgie, peut-être n’est-ce que la réalité, mais pour moi, et je le sais pour beaucoup, les années 70 furent une période extraordinaire.

1968 et 1969 ont apporté un souffle et une énergie incomparables à nos vies.

Adolescent, toutes ces vibrations étaient perçues comme un tourbillon de bien-être, une vie sans nuages, un air frais, sans cesse renouvelé. L’insouciance à l’état pur.

Les trente glorieuses étaient à leur apogée.

Des événements de mai 1968 aux festivals de musique qui commençaient à prendre de l’ampleur dans la jeunesse, de la culture pop et rock qui balayait les poncifs rétrogrades de la culture et des vedettes d’après-guerre, de l’abdication du général De Gaulle à un espoir de société plus à gauche… tout semblait ouvrir un horizon sans limites.

 

Et l’Homme… l’Homme avait marché sur la lune !

Et j’étais là, devant ma télé en pleine nuit. J’ai vu ce que toute l’humanité avait imaginé pendant des siècles.

Quelle époque exceptionnelle ! Ce fut pour moi l’orée d’une décade prodigieuse. Gravée dans mes souvenirs, dans mon inconscient, cette période fonde indéniablement la soif de liberté, de curiosité et d’insouciance qui a traversé toute ma vie.

J’en prends conscience chaque jour, tant l’enfant intérieur qui m’habite est présent, revendiquant sa place. L’âge aidant, les contraintes sociales déclinant, je lui laisse davantage d’espace. L’explication peut-être de ce retour à la compétition cinquante ans plus tard, sur les pistes d’athlétisme du monde entier.

A suivre...

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