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En 2023, à l’occasion d’un voyage en Namibie, à proximité du berceau de l'humanité, je m’étais senti immergé dans les profondeurs de notre histoire.
J’avais soudain pris conscience que nous étions tous issus d’un même commencement.Mes ancêtres avaient peut-être dessiné des éléphants et des crocodiles sur ces rochers rouges, pour indiquer où se trouvaient les troupeaux. Ils avaient peut-être pêché là où le désert remplaçait aujourd’hui la mer...
Ma présence si ordinaire, insignifiante aux yeux de l'humanité, reposait sur des miracles répétés ayant permis à mes ancêtres de reproduire la vie sur 80 000 générations. Ainsi j’étais le descendant d’au moins 160 000 personnes, à l’origine de tout ce que je vivais de beau et grand.
Et la phrase surréaliste de Mark Twain devenait évidence : « Je n’ai pas peur de la mort. Je suis mort des milliards et des milliards de fois avant ma naissance…7 ». J'avais ouvert une porte et retrouvé ce chemin, ce lien entre tous mes ascendants et moi.
Cela me renvoyait encore au livre de Thich Nhat Hanh, « Prendre soin de l’enfant intérieur ».
« Nous portons tous nos ancêtres en nous, ils nous accompagnent dans chacun de nos gestes… Nous sommes tous la continuation du courant de la vie».
Si j'ai brillé dans le domaine sportif, si j'ai été un champion, c'était donc également et surtout grâce à eux. Sans le savoir, sans imaginer un seul instant que je viendrais au monde des décennies, des siècles et des millénaires après eux, tous ces parents qui m’avaient précédé avaient voulu que je sois là. Je leur dois ma propre histoire insolite. Je dois certainement à quelques-uns cette vocation intérieure, le « daimôn8 », des stoïciens.
C’est en vieillissant que la pleine conscience d’une course effrénée et sans échappatoire s’impose. Le chemin vers la lumière qui nourrit une vie se transforme inexorablement en un chemin vers l'obscurité. Nous courons si vite pour atteindre le zénith de nos vies, que nous oublions que le soleil se couche irrémédiablement. Je sais que la luminosité diminue lorsque je tourne mon regard vers l'ouest.La pénombre envahit le paysage. Elle nous rattrape sans faiblir, sans que nous puissions y échapper.
La pendule ne tourne pas comme nous le pensons. Dans un compte à rebours, elle avance à l’envers pour se rapprocher de zéro. Le plus va vers le moins. Plus nous gagnons en âge, moins il nous reste de temps.
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Si pour Descartes « Je pense donc je suis9 », avec Bergson10 "Je me souviens!". Le socle de la conscience d’exister réside dans le souvenir. Ces souvenirs si flous souvent, si précis parfois, anecdotiques ou traumatiques, sont d’une certaine façon notre signature. Ils guident notre présent bien plus que nous pouvons l’imaginer.
Les retrouver devient essentiel lorsqu’on se sent traversé de l’étrange sensation d’un destin qui s’accomplit. Revoir le fil de sa vie. Revoir ses chemins, ses croisements, ses bifurcations, sa beauté comme sa laideur.
Il est alors possible d’observer comment nos rêves ont pris corps, s’ils nous ont guidés, s’ils nous guident encore et le feront jusqu’au couchant.
Avons-nous eu un rêve qui serait la marque de cette légende personnelle chère à Paolo Coelho11 ?
Cette légende qui fait de nous un être unique. Pas un élu, juste un être qui a suivi sa soif de vie et de connaissance de soi. Celui qui chante cette mélodie intérieure : « Be ! ». Cette légende qui forme une alchimie suffisamment puissante pour transformer nos rêves en réalités.
Ai-je une légende personnelle ?
Ai-je vécu et réalisé un destin que je me suis forgé ou subi celui qu’une force extérieure aurait voulu m’imposer ?
Ce texte est un retour sur le temps, une tentative de relire la course de ma vie, afin de comprendre si, en courant toujours plus vite et plus loin, j'ai fini par me rejoindre et me trouver.
Alors, si je ne suis pas un de ces héros légendaire ou médiatique, qui modélise et formate parfois certains comportements, si je ne suis pas un être universellement exemplaire, qui suis-je ?
A suivre...
7. Mark Twain, Mark Twain’s Notebook et Letters from the Earth, 1935
8. Marc Aurèle, philosophe romain, Pensées pour moi-même (IIe siècle ap. J.-C.)
9. René Descartes, Le Discours de la méthode, 1637
10. Henri Bergson, Matière et mémoire, 1896
11. Paolo Coelho, L’Alchimiste, 1988
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